N°4 – Lueur matinale

Le vent est violent parce qu’il ne se souvient plus de sa maison. Le soleil brûle car il s’éloigne de la source.

Le monde se blesse car il a oublié la beauté du geste.

La pluie transporte la colère, maltraite la terre, se prend pour un tyran et ravage la mer.

Le jour ne sait plus baisser le regard, rendre la lumière et honorer le voile.

Toi… Toi, rien.

Toi, femme du peuple, présence dans l’anonyme de la masse.

Toi…, pourtant beaucoup… Tout peut être…

Toi, dans l’épaisseur du quotidien, dans le déploiement du simple, tu poses les fondations de la lueur matinale.

 

Comme le matin tu hésites, tu trembles sans savoir où poser les pas.

Comme le matin tu es là, tu t’excuses de chasser la nuit, tu te dépêches de laisser la place au jour.

Toi, ton destin est de t’éclipser, d’être à l’envers du clair, de laisser les autres se perdre dans la lumière.

Dans la noblesse du peu, dans la discrétion de l’ordinaire, tu déposes ta frêle empreinte, celle qui ne laisse pas de monuments, celle qui désaltère le cœur de quelques-uns.

Femme baignée dans l’aube, tu as été épouse.

Mais ton chemin était d’être mère.

Seules les filles du silence engendrent l’amour filial, portent le bourgeon à travers les ombres, l’accompagnent jusqu’au premier baiser

Et chantent avec lui la grandeur du cœur.

 

Dans l’incertain du commencement tu travailles sans cesse, tu œuvres dans le secret, pour que la naissance advienne.

Qu’elle vienne!

Que naissent ceux qui puisent dans ton cœur,

Ceux qui grandiront sous le soleil de ta générosité.

Femme de peu, ton royaume baigne

Dans la noblesse du don qui ne se sait pas lui-même.

Seules les filles du grand abandon déploient le voile de la gentillesse,

Déposent, à chaque instant, le sourire initial

Dans le plus profond du germe.

Toi qui as donné la vie, toi qui faisais vivre grâce à ton effacement,

Toi qui donnais sans vouloir

Et fermais les yeux

Devant la beauté de la génération…

Où vas-tu maintenant?

 

Nous n’avons pas de monuments pour nous en souvenir.

Je ne distingue plus tes traces,

Car tu n’as jamais été prise par le poids de la petitesse.

Une larme de joie,

Une perle profonde,

Une odeur familière, un reflet fuyant,

Une ombre passagère, diront toujours

Ton histoire sur cette terre.

Femme de beaucoup,

Tu rayonnes dans l’affirmation du matin, tu aides le jour à être sage,

À aimer et à être dans le partage.

Tu accompagnes la nuit dans la beauté de l’éclipse,

Tu lui murmures à l’oreille pour qu’elle trouve le sommeil.

Généreuse empreinte, frêle caresse du sourire,

Le geste enfin se déploie d’un bout à l’autre du souvenir.      

 

Nikos Precas