N°4 – Un instant

Si loin de la lumière, si proche de la nuit

Le regard s’absente, oublie les idoles,

S’assoit à la pointe du visible.

Loin de tout, la limite se donne

Devient cœur de la rencontre.

Ces terres invisibles

Prises dans les bras de l’opaque,

Comment peuvent-elles faire un pays,

Comment peuvent-elles faire foyer ?

 

Pluie

Toi, nature du vaste,

Aide-moi à trouver la trace du cœur.

Désaltère les veines asséchées par la distance,

Convoque les hautes instances

Pour qu’une main amicale m’attende.

Si proche du sourire

Porté par la confiance de la gratuité,

Je me donne à l’avènement du mystère.

 

Dire au plus près du souffle

Inviter le courant du grand

Amadouer la petitesse de la volonté

Afin que le silence nous consacre.

Parler à l’envers du prendre,

Se rendre au pays du partage

Là où l’ami ne cesse d’œuvrer

Sans attendre des louanges.

Parler dans le sillage de l’honneur

Par delà le temps qui ne cherche plus d’ailleurs.

 

Celui, celle qui grandit dans l’écoute

Amplifie le don

Pour qu’un monde s’ouvre

Encore une fois.

Une possibilité d’être…

Pour toi l’ami, la pensée jaillit

De l’encombrement des veines.

Pour toi l’auditeur, l’intelligence

Se fête et honore la présence.

Nous grandissons grâce aux liens

Du regard multiple…

Par delà l’orgueil et la suffisance

Nous nous déposons sur le rivage

De la courageuse humilité.

Entouré des fabuleux destins

J’accède à la résonance du cœur.

Loin de la peur,

proche de l’effacement,

Mes mots

s’articulent au-delà de l’audible.

 

Nous savons,

Lorsque la montre ne montre plus,

Nous asseoir dans la suspension.

Nous le savons, loin de la solitude

Dans l’appartenance de l’espace familier.

Nous savons,

Car le grand s’approche

Met genoux à terre

Prend attache à la terre

Pour porter les ailes, loin dans les airs.

 

Ainsi voguons-nous,

Sur les mers qui exigent

L’excellence du marin.

Un pays devient nôtre.

Un foyer se donne à la main qui accueille.

Une présence dit oui dans le mouvement

Se conquiert grâce à la vaillance.

Nous regarde avec les yeux géniteurs ;

Ce que

toujours

appelle.

 

Nikos Précas